Les premiers intervenants ne se contentent pas d’être les témoins d’un traumatisme, ils l’absorbent. De manière répétée. Pendant des années.
Au Canada, la recherche montre que jusqu’à 44 % du personnel de sécurité publique présente un ou plusieurs troubles mentaux, contre environ 10 % de la population générale.
Ce sont les personnes sur lesquelles les Canadiens comptent dans les moments les plus critiques, celles qui se présentent sans hésitation lorsque d’autres ne le peuvent pas.
Et pourtant, beaucoup de ceux qui ont le plus besoin d’aide ne la demandent jamais. Pourquoi ? À cause d’un facteur moins visible, mais tout aussi puissant : l’autostigmatisation.
En 2026, le thème de la semaine de la santé mentale “Come Together” rappelle que l’aide ne se limite pas à la mise à disposition de services. Il s’agit plutôt de créer des environnements dans lesquels les gens se sentent capables de les utiliser.
Le poids du travail
Pour les ambulanciers, les pompiers, les policiers, les agents pénitentiaires et les répartiteurs, les exigences du travail vont bien au-delà des longues heures de travail ou des situations de haute pression. Elles comprennent l’exposition répétée à des traumatismes, des environnements imprévisibles, des décisions de vie ou de mort et le poids cumulatif de la présence d’autres personnes dans leur état le plus vulnérable, qui vivent souvent les pires moments de leur vie.
Au fil du temps, cette exposition s’accumule. Mais dans de nombreuses cultures de premiers intervenants, il existe une attente tacite : il faut faire face, tenir bon, continuer.
C’est là que l’autostigmatisation s’installe. Il s’agit d’une voix interne :
- “Je devrais pouvoir m’en occuper.”
- “D’autres ont une situation pire. Je ne devrais pas avoir à me battre”.
- “Si je demande de l’aide, qu’est-ce que cela dit de moi ?
Il en résulte un paradoxe : les personnes qui pourraient bénéficier le plus d’un soutien sont souvent les moins susceptibles de le rechercher.

Les points de rupture de l’aide
Tout au long de ma carrière, j’ai vu de nombreuses organisations faire d’importants progrès en matière de sensibilisation et d’introduction de mesures de soutien, y compris le dépistage psychologique préalable à l’emploi. Mais le dépistage n’est qu’un point de départ. Il ne permet pas de prédire comment les individus réagiront à des années de stress opérationnel, de travail posté et d’exposition répétée à des traumatismes.
Une fois en place, le soutien est encore trop souvent réactif, activé après une crise plutôt qu’intégré dans un système de soins permanent. Et lorsque l’auto-stigmatisation est présente, les individus peuvent ne pas se manifester du tout. Le défi n’est plus de sensibiliser à ces questions, mais de les concevoir.
L’expérience compte
Chez Calian, notre soutien au personnel de sécurité publique n’est pas nouveau. Avec plus de 20 ans d’expérience et un réseau national de plus de 50 psychologues cliniciens, nous fournissons des services psychologiques de bout en bout, conçus spécifiquement pour répondre aux exigences uniques de ces rôles – de la sélection à la prise en charge et au soutien continus.
Cette approche reconnaît que la santé mentale n’est pas une intervention ponctuelle, mais qu’elle doit faire l’objet d’un soutien continu tout au long de la carrière.
Nous reconnaissons que la prise en charge de la santé mentale dans le cadre de la sécurité publique nécessite de passer de programmes isolés à des systèmes de soins continus et connectés – des domaines auxquels nous accordons une attention particulière dans la fourniture de services, notamment :
- Des services de sélection et de filtrage qui évaluent l’état de préparation dès le départ
- Accès à des programmes de bien-être adaptés qui reflètent les réalités du travail opérationnel
- La formation au soutien par les pairs, qui joue un rôle essentiel dans la réduction de l’autostigmatisation en permettant aux individus de chercher de l’aide auprès de collègues de confiance, et pas seulement par des voies formelles.
Le soutien par les pairs, en particulier, reflète l’esprit de “Come Together”. En créant des points d’entrée sûrs et accessibles pour ceux qui ne sont peut-être pas encore prêts à demander des soins formels, il contribue à normaliser le soutien au sein des équipes.
Une responsabilité partagée
La lutte contre l’autostigmatisation et le soutien au bien-être mental ne relèvent pas de la seule responsabilité de l’individu. Il faut que les organisations créent des environnements où :
- Le soutien est accessible
- La connexion est intégrée
- La recherche d’aide est normalisée
En effet, lorsque les premiers intervenants sont soutenus, ils sont mieux à même de continuer à se montrer présents les uns pour les autres et pour les Canadiens qui comptent sur eux.

S’unir dans la pratique
“S’unir, ce n’est pas seulement offrir un soutien. Il s’agit de concevoir des systèmes dans lesquels l’utilisation de ce soutien semble naturelle, facile et sûre. Parce que lorsque nous réduisons l’écart entre le besoin d’aide et la recherche d’aide, nous ne nous contentons pas de soutenir les individus, nous renforçons les personnes et les systèmes dont les Canadiens dépendent tous les jours.
A propos de l’auteur : Nina Fusco est psychologue en chef chez Calian. Elle travaille en étroite collaboration avec les services chargés de l’application de la loi en leur fournissant des services psychologiques qui répondent à leurs besoins spécifiques, qu’il s’agisse d’évaluations d’aptitude, de sélection de candidats, de formation à la résilience ou de bien-être mental. Cliquez ici pour en savoir plus sur les services psychologiques de Calian. pour en savoir plus sur Calian Psychological Services.


